Publié par : maylisdesrousseaux | 29 août 2012

La responsabilité des communautés scientifiques face à l’incertitude

La responsabilité des communautés scientifiques face à l’incertitude

Claude Debru, philosophe, professeur à l’Ecole normale supérieure, Paris

La question de l’autonomie ou hétéronomie de la science par rapport à la sphère politique et juridique  est abordée par Claude Debru, qui se place plus particulièrement sur le terrain de la médecine. Il  explore le concept de normativité en donnant quelques éléments philosophiques sur cette notion qui a  connu une certaine fortune au siècle dernier, où le terme a été introduit par Canguilhem. Ce dernier l’a défini au niveau biologique comme le pouvoir des organismes vivants de modifier leur allure, leur régime de fonctionnement dans des conditions d’existence anormales ou pathologiques. Canguilhem déclare que la vie est une activité normative. En effet, l’état de pathologie peut être considéré sous un jour positif comme tentative de l’organisme d’instituer des règles nouvelles de fonctionnement.

Si Canghuilhem a étabi ce concept de normativité sur le terrain biologique, le terme désigne habituellement une propriété étudiée par la philosophie et les sciences humaines et sociales. Avant lui, le penseur qui a eu les réflexions les plus profondes sur la normativité humaine est Edmond Husserl. Il ressort de la théorie husserlienne des idéalités mathématiques que la science est une activité normée (et même auto-normée) et une activité normative, tant extérieure qu’un intérieure.

Sur la normativité extérieure de la science, Claude Debru met en avant le fait que la biologie moléculaire des années 1960 fournit la possibilité de diriger les génomes et ouvre la voie aux biotechnologies. C’est alors que le thème du possible donne lieu à des discussions, en particulier le fameux processus d’Asilomar. Ces discussions sont devenues de plus en plus publiques et la sphère scientifique n’a pas pu en conserver le contrôle. En effet, la sphère politique a été interpelée et les choses ont fini par passer sur le terrain législatif et juridique. Le thème « Sciences et société » devient alors prégnant. La société a pris au moins partiellement le contrôle de la science, ou plutôt il y a eu un co-pilotage de la science. Ce phénomène a eu pour conséquence d’attribuer aux scientifiques le rôle d’experts auprès des instances politiques. C’est également dans les années 1980 que l’on a vu la création de comités d’éthique. Par exemple, le comité français procède à une révision régulière des lois de bioéthiques en fonction des progrès de la science et peut-être aussi de la réflexion collective. On assiste à une multiplication du nombre d’acteurs et des sources de légitimité.

En outre, à partir du moment où la science est reconnue comme activité normative, inévitablement elle entre en contact avec d’autres sphères également normatives (les sphères politiques et juridiques en particulier). Il en ressort des situations de conflit, dont certains sont insolubles. La normativité de la science et la normativité propre de la sphère sociopolitique ne sont nullement dans un rapport d’harmonie préétablie mais dans un rapport de co-évolution (terme emprunté aux biologistes), ce qui est un moteur extrêmement puissant dans nos sociétés.

Quant à une normativité intérieure de la science, Claudre Debru l’interprète plutôt comme une normativité du collectif scientifique. Il souligne la nécessité de l’interdisciplinarité entre les sciences exactes et les sciences humaines et sociales. En effet, le dialogue science-société est un dialogue productif à bénéfices partagés. C’est un moteur puissant d’innovation, voire son principal moteur.

Toutefois, il existe des conflits de valeurs difficiles à résoudre, ce qui est particulièrement le cas en médecine à la fois science et technique. En effet, on retrouve différentes normativités : normativité de la physiologie humaine, normativité de la technique médicale, normes sociales et leurs valeurs, normativité de la profession médicale (déontologie), normativité propre du patient par rapport à son milieu de vie. Ces cinq sources de normativité sont imbriquées et les zones de conflits entre ces instances sont nombreuses. Par exemple, la relation entre une manière de voir les intérêts industriels et les besoins de soins sont parfois contradictoires.

Pour conclure, il ressort que la démocratie française fait appel à toutes sortes d’instances de médiation pour éviter les situations de conflits, notamment les associations jouant un rôle très important en entretenant une dynamique positive. Claude Debru observe un manque de transparence dans les délibérations des instances publiques. Il convient donc d’instaurer des règles de transparence et de publicité des débats afin d’éviter les décisions mal fondées et les graves injustices préjudiciables au progrès général de la société.

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